René MARAN, une conscience intranquille

 

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René MARAN

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Roger Little, Professeur émérite, ancien titulaire de la chaire de français à Trinity College Dublin
© Photo R. Bowers. Princeton, 2001

 

De René Maran, la postérité aura retenu qu’il fut le premier écrivain noir à recevoir le prestigieux Prix Goncourt en 1921, soixante-et-onze ans avant Patrick Chamoiseau. Son nom demeure associé pour cela même, au roman qui lui aura valu la consécration du milieu littéraire, Batouala. Pourtant, à la fois l’œuvre et le rôle de René Maran dans l’histoire de la littérature ne sauraient se restreindre à ce titre phare, qui lui valut certes une gloire indéniable, mais aussi son revers : premier écrivain d’origine antillaise à dénoncer avec véhémence les ravages de la colonisation française en Afrique, il devra faire face à une cabale féroce menée par des relais de l’administration coloniale. L’œuvre de Maran demeure pourtant dans une large mesure méconnue : poète, romancier, essayiste, l’écrivain aura développé pas à pas une vision humaniste où la dénonciation du racisme côtoie un plaidoyer pour le vivant et notamment le monde animal. Mais si les manuels d’histoire de la littérature négro-africaine voient volontiers en Maran le devancier de la Négritude, les spécificités de son œuvre, sa volonté d’indépendance par rapport aux écoles et son irréductibilité même, en font certainement l’un de ces « inclassables » que l’histoire littéraire a souvent du mal à appréhender. C’est aussi ce qui peut expliquer que sa postérité oscille entre des tentatives contradictoires de simplification, et un réel manque de diffusion, pour celui qui fut pourtant aux yeux de Senghor, un « précurseur ».

Convaincu de l’importance voire de l’urgence qu’il y a aujourd’hui à désenclaver les postérités de René Maran de toutes les idées reçues et des schémas préconçus, le Professeur Roger Little a consacré à l’écrivain plusieurs études déteminantes, et co-dirigé le colloque organisé par le CIRESC en 2010 à l’EHESS à l’occasion du cinquantenaire de la mort de Maran (colloque dont il a réuni les actes dans la revue Présence africaine en 2013). Aujourd’hui en 2018, Roger Little enrichit notablement les études consacrées à René Maran, avec deux titres dont nous aborderons les enjeux avec lui au cours de notre débat.

« PENSER LA CALE MONDE »

Partenariat ITMFodes Sciences de 

René Maran – Nouvelles africaines et françaises inédites ou inconnues. Présentation de Roger Little. L’Harmattan, « Autrement mêmes », 2018

René Maran est connu pour un seul de ses romans, celui qui lui valut le prix Goncourt en 1921 : Batouala, véritable roman nègre. Mais il en a écrit une bonne dizaine, ainsi que des nouvelles dont huit sont présentées dans ce recueil. Homme « de couleur », il se trouvait dans une situation inconfortable, étant administrateur colonial en Afrique équatoriale française alors qu’il dénonçait les abus du colonialisme. Ce malaise se reflète dans ses nouvelles et ses romans situés en Afrique.   

Voir le site des Éditions L’Harmattan (coll. « Autrement mêmes » dirigée par Roger Little)

René Maran : une conscience intranquille, textes réunis et présentés par Roger Little, Interculturel Francophonies, n° 33, juin-juillet 2018

Le prix Goncourt attribué en 1921 à René Maran (1887-1960) pour son romanBatouala, véritable roman nègre a fait polémique. Le « parti » colonial était surtout outré par la préface jugée scandaleuse parce qu’elle osait condamner les abus de la colonisation, même si elle n’en contestait pas le principe. Si l’on connaît un livre de Maran, c’est bien Batouala, seul parmi ses romans à être constamment réédité et pourtant loin, selon son auteur, d’être son meilleur. Les études réunies dans le présent volume explorent surtout ses autres écrits, les situant dans le contexte des années que Maran a passées comme administrateur colonial en Afrique équatoriale française, paradoxe apparent qui lui a permis d’émettre ses jugements en connaissance de cause. Des universitaires d’origines très variées présentent son souci stylistique de réécriture, le rayonnement international des traductions de son œuvre, ses rapports écologiques avec la nature, ses récits sur des bâtisseurs d’Empire, sa conscience intranquille, dans le racisme ambiant, d’un Français né à la Martinique de parents guyanais. En prime: une de ses nouvelles inconnues, située en France.    Voir le site de la revue Interculturel Francophonies

© INSTITUT DU TOUT-MONDE

Mercredi 31 octobre 2018, Paris Maison de l’Amér

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